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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 15:29

Au coin de la cheminée
L’ogresse et le champ de fèves

1.Il était une fois un homme très paresseux. Il avait deux femmes : l'une assez éveillée et l'autre bègue et sotte. Quand vint la bonne saison, après les pluies, la première femme lui donna une mesure de fèves et lui dit :
— Va les semer.
L'homme se rendit dans le champ, mangea les fèves, fit la sieste et retourna chez lui en annonçant à ses femmes :
— J'ai tout semé. Quelle bonne récolte nous allons faire !
Le lendemain, il reçut une autre mesure.
— Va et continue car ce n'est pas encore fini, il te reste plusieurs mesures à semer, lui dit encore sa première femme.
Ainsi, l'homme continuait à déguster les fèves pendant toute la journée à l'ombre d'un figuier et rentrait le soir, l'air bien satisfait. Et à la question :
— As-tu semé les fèves ?
Il répondait toujours :
— Oui, je les ai toutes semées. Quelle bonne récolte nous allons faire !
Il continuait à manger ce qu'il devait semer sans se soucier du lendemain et ses femmes croyaient qu'il faisait son travail.
Le temps passa et la saison de la récolte arriva. Les deux femmes, qui étaient enceintes, attendaient cette période avec impatience. La première interrogea le mari qui passait son temps à dormir :
— Dis ! Crois-tu que nos fèves ont poussé ?
— Oui ! Vous pouvez aller les ramasser.
— Dans quel champ les as-tu semées ?
— Jetez ce tamis dans la rivière et laissez-le suivre le cours de l'eau. Là où il s'arrêtera, ce sera notre champ.
Les femmes posèrent le tamis qui fut emporté par un léger courant. Elles le suivirent en marchant au bord de la rivière tout en conduisant l'âne qui devait transporter la «bonne récolte» annoncée par le mari : soudain, le courant projeta le tamis sur le rivage près d'un vaste champ de fèves. Les femmes attachèrent leur âne à un arbre et commencèrent la cueillette. Elles ne pouvaient pas soupçonner qu'elles étaient dans le champ de l'ogresse.
La non-bègue ordonna à la bègue :
— Oh la bègue ! Va voir si l'âne est toujours là.
— Oui l'âââââââne est toutoutou... jours là, essaya d'articuler la pauvre femme.
L'ogresse qui guettait et rôdait alentour, avait déjà dévoré l'âne et dressé ses grandes oreilles sur deux piquets qu'elle avait plantés au milieu des herbes hautes du champ. En voyant les oreilles, la bègue croyait voir l'âne. La première femme continuait :
— La bègue ! Va voir si l'âne est toujours là.
— Ouiiii, les jojojojolies orei... orei... oreilles de l’âââââââne sont bien dres... dres... dressées.
Ainsi, les deux femmes continuèrent à cueillir les fèves jusqu’à remplir un grand sac. C’est à ce moment-là que l’ogresse, qui était arrivée en marchant doucement, à petits pas, se présenta devant elles. Au lieu de les dévorer comme on aurait pu le croire, elle écarta les bras pour les embrasser :
— Oh ! Mes nièces, les filles de ma sœur. Et dire que je ne vous ai pas vues depuis si longtemps. Puisque vous êtes arrivées jusque-là, je ne vous laisserai pas repartir sans dîner. La cueillette des fèves a dû vous fatiguer.
Les femmes, touchées par un accueil si chaleureux, acceptèrent l’invitation

2. L’ ogresse commença à préparer le couscous et pour rouler le grain, elle utilisa des lentes en guise de fine semoule et des poux en guise de grosse semoule. Elle roula le tout ensemble, prépara un couscoussier tout plein et le servit à ses hôtes. Les deux femmes commencèrent à manger. La non-bègue soupçonna que quelque chose n’allait pas et cacha chaque cuillerée sous sa robe. La bègue, comme elle était sotte, avala le couscous de poux et de lentes sans réfléchir.
L’ogresse, qui les observait, leur demanda enfin :
— Vous avez bien dîné ?
Elles répondirent :
— Oui ! Merci, tante, de ton accueil.
— Vous avez tout fini ?
— Oui !
— Eh bien, maintenant vous avez intérêt à me rendre ce que vous avez mangé, sinon je vous dévore.
— Mais c’est toi qui nous as invitées pour dîner, non ? dit la première femme.
— Débrouillez-vous ! insista l’ogresse qui ne cherchait qu’un prétexte pour les manger.
La non-bègue lui rendit son couscous de lentes et de poux, mais la bègue n’avait plus rien à restituer. L’ogresse qui voulait la totalité de son couscous décida de les dévorer toutes les deux. Comme elles étaient enceintes et prêtes à accoucher, elle leur posa sur le ventre un tisonnier rougi par le feu et retira deux garçons qu’elle adopta car elle avait besoin de bergers pour garder son troupeau de moutons. Une fois grands, les enfants étaient semblables à leurs mères : l’un bègue et sot, l’autre non bègue et assez futé. L’ogresse les envoyait tous les jours garder les moutons. Le niais chargé de retourner à la maison pour rapporter le pain et le petit-lait qui leur servaient de repas, revenait une fois sur deux les mains vides. Il se laissait surprendre par un vieux lion qui lui barrait la route et lui volait le repas. Dès que l’animal poussait un faible rugissement, le bègue laissait tout tomber et s’enfuyait. Le vieux lion, incapable de chasser, s’emparait de cette collation pour se nourrir.
Son frère lui demandait toujours :
— Oh le bègue ! Où sont le pain et le petit-lait ?
— Le, le, le, le. . . ! marmonnait le pauvre bègue qui croyait dire : «Le lion m’a dérobé le pain et m’a bu mon petit-lait.»
Un jour le futé lui demanda de garder le troupeau pendant que lui-même irait chercher le repas.
— Je suis sûr qu’il se fait avoir par le vieux lion et nous laisse ainsi tous les jours sans manger, se dit-il.
En arrivant, il pressa l’ogresse car elle n’avait pas encore préparé les provisions :
— Ya jeda ! Grand-mère ! Fais vite car tu sais bien qu’il ne faut pas laisser le bègue seul trop longtemps.
Quand tout fut prêt, il monta sur son âne, posa le sac devant lui et retourna au champ. Le lion lui barra le passage en rugissant d’une voix bien faible, mais le garçon qui le connaissait bien, passa en l’ignorant.

3. Or, pendant son absence, le bègue, qui aimait mâcher, s’endormit et la gomme tomba de sa bouche. A son réveil, il la chercha en vain. Soudain, il vit les moutons ruminer, la tête basse sous le soleil. Il crut qu’ils mâchaient sa gomme et en colère il bégaya haut et fort :
— Ho brebrebre... brebis ! Rennnndez-moi ma pâââte à mâââcher.
Les brebis continuaient à ruminer sans bouger. Furieux, le jeune homme se leva, prit son bâton et tapa comme un fou sur le troupeau. Tout en fracassant les têtes des brebis, il criait :
— Ho brebrebre... brebis ! Rennnndez-moi ma pâââte à mâââcher.
Il décima ainsi une grande partie du troupeau et lorsque son frère arriva, il hurla en constatant le massacre :
— Oh mon Dieu ! Oh malheur ! Malheur à toi et à moi ! Qu’allons-nous dire aujourd’hui ? Explique-moi ce que nous allons dire à l’ogresse ? Comment as-tu fait pour tuer tant de brebis ?
— Les brebre... brebis m’ont manmanmangé ma gommmmme.
Alors que le soleil déclinait, malgré la crainte, les deux frères rentrèrent en conduisant ce qui restait du troupeau. Ils allèrent directement dans l’enclos. Le non-bègue se fit tout doux et cria d’une voix joviale :
— Ya jeda ! Ô Grand-mère !
— Mais qu’y a-t-il ?
— Donne-moi le pot, c’est moi qui vais traire les brebis à ta place.
Il craignait qu’elle ne découvrît la disparition des moutons tués par son frère.
— Tu peux traire, toi ?
— Oui, je peux traire. Je veux t’aider.
L’ogresse accepta et le jeune homme réussit à traire les quatre ou cinq brebis qui restaient. Il ajouta au lait une grande quantité d’eau pour en augmenter le volume et montra le pot bien plein à l’ogresse :
— Oh ! Regarde comme je suis chanceux, désormais j’irais traire les brebis tous les soirs. J’ai la baraka.
Le garçon savait qu’il fallait fuir dans la nuit avant que l’ogresse ne découvrît la disparition de ses moutons. Dès qu’ils furent couchés, le futé demanda :
— Ya jeda ! Ô Grand-mère ! Dis-moi ! Quand tu dors profondément que se passe-t-il ?
— Lorsque je dors vraiment ? C’est à ce moment-là que les brebis bêlent, les ânes braient, les grenouilles coassent... ! C’est ça mon sommeil ! Tout ce qu’il y a dans mon ventre se manifeste !
Les frères firent leurs lits et se couchèrent. Le futé veillait et dès qu’il entendit les chiens aboyer, les ânes braire, les grenouilles coasser, il secoua son frère qui dormait profondément. Il lui chuchota à l’oreille :
— Lève-toi, lève-toi vite ! L’ogresse va découvrir que son troupeau est anéanti et elle nous mangera ! Sauvons-nous !
Le garçon se mit alors à bégayer :
— Ya jeda ! Oh ! Grand-mère ! Im aaaa dit : ogogogrecesse nous manger.
— Mais malheureux tais-toi ! Mais tais-toi !
- Ya jeda ! Oh ! Grand-mère ! Il a dit : ogreeesse nous mannnger !
Le non-bègue chercha la ouka (outre en peau de bête) pleine de miel et la donna à son frère qu’il savait gourmand :
— Mange tout le miel et tais-toi.
Le bègue se jeta sur le miel et se gava pendant que son frère le secouait en chuchotant toujours :
— Allons ! Sauvons-nous.
Le sot bégaya qu’il voulait plus de miel. Son frère lui promit :
— Suis-moi et je te donnerai autant de miel ! que tu voudras. Prends l’outre.
Finalement, ils se sauvèrent.

4. L’ogresse fut surprise de ne pas les trouver en se réveillant. Elle sortit et découvrit le reste du troupeau. En colère, elle les chercha en vain et se mit à crier de rage en s’arrachant les cheveux et en se lardant le visage de ses ongles acérés.
Les garçons, quant à eux, marchèrent, marchèrent... Ils remplirent un pays et vidèrent un pays, remplirent un pays et vidèrent un pays…
Un jour, ils parvinrent dans un endroit où des gens organisaient une wa’da (fête religieuse) et préparaient un grand couscous. Le futé, bien caché, cria :
— Ya Mohamed, ya ould ouma ! L’hem tab ou rassi ma tabèch (Ô Mohamed : fils de ma mère ! la viande est cuite mais ma tête n’est pas cuite.)
Et il continua :
— Ô fils de ma mère ! l’arbre s’est envolé avec ses racines !
Les gens qui ne les avaient pas vus, en entendant la voix, se dirent :
— Oh mon Dieu ! C’est Dieu qui a parlé ! C’est la terre qui a parlé ! C’est la voix de Dieu qui a parlé par la terre !
Effrayés par ce qu’ils prirent pour un miracle, ils se sauvèrent en abandonnant tout le couscous. Les deux frères se régalèrent et reprirent leur route en emportant le reste de la viande.
Une fois près d’une guelta, ils firent une halte pour étancher leur soif.
Ils déposèrent les os qui restaient de la viande et continuèrent leur voyage. A mi-chemin, le bègue réalisa qu’il n’avait plus son os et se mit à crier :
— Je veux mon os ! Je veux mon os ! Je retourne chercher mon os !
— Mais malheureux, on ne peut plus faire demi-tour ! On ne peut plus revenir sur nos pas.
— Si ! Je veux mon os ! Je veux mon os !
— Mais j’ai de la viande et je vais t’en donner !
— Non ! non ! et non ! je veux mon os !
N’en pouvant plus, le futé laissa le sot et continua sa route tout seul.
Le bègue fit demi-tour et trouva le lion au bord de l’eau. Doucement, il lui badigeonna la gueule de boue et lui obstrua les yeux. Ensuite, il le prit en laisse, et s’en alla.
Il arriva dans un village où une jeune fille était assise devant sa porte.
Sa grand-mère, à l’intérieur, écrasait le grain sous sa meule. En le voyant la fille cria en direction de sa grand-mère :
— Ya Jeda ! Grand-mère ! Le lion arrive !
— Je suis en train de moudre le blé pour ma fille ! répondit la vieille qui était sourde.
— Ya Jeda ! Grand-mère, je te dis que le lion arrive !
— Je suis en train de tamiser la semoule pour ma fille !
— Ya Jeda ! Grand-mère, je te dis que le lion arrive !
— Je suis en train de pétrir le pain pour ma fille !
— Ya Jeda ! Grand-mère, le lion arrive !
— Je suis en train de cuire le pain pour ma fille !
— Grand-mère, le lion est arrivé !
— Je suis en train de préparer le café pour ma fille !
Cela jusqu’au moment où le lion pénétra dans la maison. La vieille qui ne voyait pas clair non plus, s’enthousiasma :
— Oh ! Mais c’est mon neveu, le fils de ma sœur qui est venu avec son cheval !
— Grand-mère, prends mon cheval s’il te plaît, dit le jeune homme qui perdit son bégaiement.
Elle conduisit le lion pour le faire boire. En arrivant au bord de l’eau, elle dit :
— Oh ! le cheval du fils de ma sœur est aveugle.
Elle lui lava le visage et lui enleva peu à peu la boue qui obstruait ses yeux. Dès que l’animal recouvra la vue, il lui sauta dessus et la dévora.
Le sot resta avec la jeune fille qu’il épousa.
Elle a pris le feu, le feu, j’ai pris la route, la route !
Elle a mangé du Diss, j’ai mangé du Rfiss !

L’Algérie des contes et légendes Nora Aceval

 

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